Collaboration en vidéo
Dans un labo qui teste les insecticides sur nuisibles
Vidéo à titre illustratif.
L'essentiel
- Les blattes germaniques et américaines sont élevées avec de l'anti-évasion sur les parois des cages.
- On isole des générations de mouches d'âge connu pour distinguer mortalité produit et mortalité naturelle.
- Un test répulsif fourmis oppose deux tunnels au miel : un seul est aspergé du produit.
- L'efficacité se mesure sur 10 plaques de 10 insectes, comparées à des plaques non traitées.
- Contre les punaises de lit, mieux vaut combiner plusieurs méthodes qu'un seul produit miracle.
J'ai eu l'immense plaisir d'être invité par Roman Lassœur dans la salle numéro 5 du laboratoire IZInovation, un élevage d'insectes nuisibles dédié à la recherche et aux tests d'efficacité des produits. Bertrand m'a ouvert les portes de cet endroit qu'on ne voit jamais en tant qu'applicateur de terrain.
Pourquoi élever des cafards en laboratoire ?
Dans les cages, j'ai vu des blattes américaines de 4 à 5 cm et des blattes germaniques bien plus petites. Les parois portent un anti-évasion, comme chez les éleveurs de fourmis. Ces élevages fournissent les insectes nécessaires pour vérifier qu'un produit tuant 100 % des mouches en 24 heures le fait vraiment.
Comment teste-t-on un répulsif à fourmis ?
Bertrand m'a montré un dispositif bricolé maison avec des tunnels symétriques. Des deux côtés, le même miel attire les fourmis noires des jardins, mises à jeun plusieurs jours. Un seul tunnel reçoit le répulsif. Si les fourmis évitent ce passage, le produit tient la route. Le résultat se lit sur 24 heures, pas en 30 secondes.
Comment mesure-t-on l'efficacité d'un insecticide ?
Dans la salle d'expérimentation, j'ai vu des punaises de lit posées sur des surfaces traitées: céramique, bois, tissu, moquette. Chaque test utilise 10 plaques de 10 insectes, comparées à des plaques non traitées. On relève régulièrement les mortalités et les comportements, aussi longtemps que l'étiquette du produit l'exige.
Faut-il nettoyer après un insecticide rémanent ?
Non. L'intérêt d'un produit rémanent est justement qu'il reste en place. Les punaises de lit cachées, ou celles qui naîtront des œufs dans une dizaine de jours, doivent encore rencontrer le traitement. Contre les punaises de lit, Bertrand et moi recommandons de combiner plusieurs méthodes: repérage, molécules différentes, nettoyeur vapeur à 180°, sans jamais miser sur un seul produit miracle.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la salle numéro 5 du laboratoire ?
Pourquoi élever des insectes pour tester les insecticides ?
Comment fonctionne le test répulsif sur les fourmis ?
Faut-il nettoyer après avoir pulvérisé un insecticide ?
Un seul produit suffit-il contre les punaises de lit ?
Le test en laboratoire suffit-il à homologuer un produit ?
Pourquoi tester le produit sur plusieurs surfaces ?
Transcription de la vidéo
Texte intégral, segmenté par section. Cliquez un horodatage pour sauter au bon moment.
Introduction et salle numéro 5
Salut tout le monde, c'est Mickaël, votre expert anti-nuisibles, et aujourd'hui j'ai l'immense plaisir d'être invité et de vous faire partager mon expérience au sein de la salle numéro 5. Qu'est-ce que la salle numéro 5 ? Vous allez voir, c'est un élevage d'insectes nuisibles dans le but justement de faire de la recherche développement et des tests d'efficacité de produits.
Pour ce faire, j'ai été invité par Roman Lassœur chez IZInovation. Vous connaissez Bertrand, vous l'avez déjà vu dans une vidéo. Il nous attend derrière la porte, venez, on va le voir. Bonjour Bertrand, ça faisait longtemps. On se trouve dans notre salle d'élevage d'insectes, où on va avoir différentes cages de différents insectes qu'on étudie, des insectes nuisibles qui peuvent être très envahissants et très problématiques.
Les blattes américaines
On a différentes espèces de blattes, soit germaniques soit américaines. On va montrer tout de suite à nos chers spectateurs les blattes américaines. J'en fais très peu, donc c'est pour ça qu'on n'a pas l'habitude de les voir. Regardez-moi ça, c'est énorme. Ça fait quoi en termes de taille ? Quand elles sont adultes, elles sont sur du 4-5 cm, les nymphes plus petites évidemment.
Il y en a une blanche là. Une fois qu'elles viennent de muer et de changer de cuticule, elles sont d'abord un peu blanches avant. Et tous les points noirs, ce sont des déjections, des excréments. C'est d'ailleurs le signe de la présence d'une population de blattes chez vous, lorsque vous avez des petits points noirs comme ça, c'est mauvais signe. Il y a de l'anti-évasion sur les bords des parois, les blattes ne peuvent pas monter.
Les blattes germaniques
Ça, c'est bien connu des éleveurs de fourmis, ceux qui ont des insectes savent qu'on ne fait rien sans fluon. Là on a autre chose, la blatte germanique. Vous allez voir un peu la différence de taille, c'est limite des bébés par rapport aux autres. Elles se cachent avec des boîtes à elles, elles ont un abreuvoir qui leur fournit de l'eau régulièrement et on les nourrit à base de poudre de ténébrion, de vers de farine, avec beaucoup de protéines.
Tout ce qu'il faut pour avoir un élevage qui nous fournit suffisamment d'insectes pour faire tous nos tests en laboratoire. Ceux qui regardent les vidéos, vous êtes plus habitués à ça dans les cuisines. La blatte constitue un insecte nuisible, peut-être pas le plus présent, mais l'un des plus présents en France. On a l'habitude de voir la germanique, un peu moins l'américaine, dans des zones plus chaudes et plus humides: des laveries, des sous-sols.
Pourquoi faire des élevages
Ce que j'aimerais bien savoir, Bertrand, c'est pourquoi vous faites des élevages, quel est l'intérêt ? Comme ça on dispose des insectes nécessaires à tester l'efficacité des produits. Le laboratoire IZInovation produit des résultats d'efficacité en faisant des tests, pour garantir qu'un produit qui promet de tuer 100 % des mouches en 24 heures le fera bien dans nos conditions de laboratoire, puis dans des conditions terrain.
On a besoin de se fournir en insectes régulièrement et de faire des élevages assez productifs. Ici on est dans la salle d'élevage, mais à côté il y a une autre salle où c'est plus des tests produits. Ce sont des fabricants qui envoient leurs produits, qui font confiance au laboratoire IZInovation afin de tester objectivement l'efficacité, la non-efficacité et la pertinence des produits.
Les mouches domestiques
On a également des mouches. Là on a des mouches domestiques, donc les cages sont sales parce que les mouches aiment bien la saleté, ce sont des excréments de mouches. Elles sont là tranquilles, nourries avec de la levure et du lait en poudre, avec de l'eau. Toutes les semaines on va les faire pondre pour pouvoir isoler les œufs et relancer une nouvelle génération de mouches.
Ce qui fait qu'on a des cages qui ont un âge d'insectes connu et qui nous permet de faire des tests où on sait que si les mouches meurent, c'est bien à cause du produit et pas de vieillesse. C'est pour ça qu'on a plusieurs cages avec différentes générations.
Les moustiques Culex et tigre
Et la même chose pour les moustiques. On a des Culex, donc le moustique européen, le basique, le standard. Et on a des moustiques tigres, donc Aedes albopictus, celui-là qui est problématique actuellement, qui est quand même plus actif. L'espace de quelques secondes, si vous êtes à moins de 2 m, il va vous avoir repéré et vouloir vous piquer, là où le Culex est moins réactif.
On rentrera plus dans le vif du sujet prochainement avec Roman Lassœur, qui pourra développer le point de vue qu'il a sur le moustique tigre et la gestion de la lutte. On a aussi des insectes des denrées stockées, que ce soit des charançons, des Tribolium, ces insectes qu'on retrouve souvent dans la farine, dans le blé. Vu qu'ils vivent une partie de leur vie à l'intérieur du grain, il est difficile de confectionner des produits qui vont éliminer l'ensemble des insectes.
Les mites et insectes stockés
Est-ce que tu as des appareils spécifiques pour l'élevage, parce que les insectes sont sensibles à la température ? Là il y a un humidificateur, pour compenser les évacuations d'air de la climatisation. La plupart des insectes peuvent passer plusieurs jours sans manger, par contre sans approvisionnement d'eau ils vont mourir en quelques heures voire une journée. Chaque cage est munie d'abreuvoirs.
D'autres insectes comme les ténébrions n'ont pas besoin d'eau liquide, mais d'une humidité assez forte, auquel cas on utilise des armoires climatiques dont la température et l'humidité sont fixées. À 25° et 60 % d'humidité, certains insectes vont mettre un temps précis pour se développer. Là on a des mites alimentaires, et dans les bacs au fond des larves de mouche. On voit le compteur: 25°, 61 % d'humidité, et même le cycle de lumière contrôlé.
Là qu'est-ce que c'est, ça sent fort. C'est une ancienne cage de Stomoxys calcitrans, la mouche piqueuse sur le bétail, présente en France dans les élevages bovins à proximité des écuries. C'est une mouche qui se nourrit de sang, donc on a laissé des abreuvoirs de sang qui ont vieilli et qui sentent fort, avec aussi un fondoir à base de crottin de cheval.
Le test sur les fourmis
J'ai repéré quelque chose sur la table qui m'intrigue, avec les tubes, tu me parles d'un test fourmis. On a un dispositif qu'on est obligé de fabriquer soi-même, parce que dans le milieu des insectes on bricole. L'idée va être, avec ces fourmis noires des jardins que vous retrouvez chez vous, de les mettre à jeun pendant plusieurs jours histoire qu'elles soient en recherche de nourriture.
Le dispositif est symétrique avec des attractants naturels pour les fourmis, le miel et l'eau, des deux côtés la même attractivité. Lorsqu'on teste un répulsif, on va l'appliquer à l'intérieur d'un des tubes pour constater que les fourmis se dirigeront vers l'autre. Un des deux tunnels va être aspergé du répulsif à tester. Si toutes les fourmis se dirigent vers le tunnel non traité, vous avez compris.
On pourrait faire la même chose pour un attractant: mettre face au miel un appât du commerce pour voir si les fourmis sont plus attirées. La finalité serait l'opposée, mais au final attractant et répulsif, c'est grossièrement les mêmes tests. Scientifique et bricoleur, il faut être les deux, parce que ce type de matériel ne s'achète pas. Ce sont des pots de prélèvement d'urine, des boîtes en plastique, du scotch. Avec le vivant, on peut compter 24 heures pour que les fourmis se répartissent dans les tubes.
La salle d'expérimentation
Nous avons switché de salle et nous nous trouvons dans la salle d'expérimentation, c'est là où on va expérimenter les produits et voir leur efficacité sur les insectes ciblés. Bertrand, qu'est-ce que tu fais dans cette salle ? Ici on va préparer les différents produits qu'on reçoit des fabricants, préparer les dilutions et les volumes nécessaires dans les modes d'application requis, si c'est de l'aspersion de surface ou l'aspersion directe.
Tu reçois un produit, on te dit qu'il est destiné à lutter contre quelque chose, à pulvériser ou en gel, et tu vas faire un test. Là par exemple on a des punaises de lit. Tu vas voir le résultat d'efficacité du produit et même tester la rémanence, l'action du produit dans le temps. Le fabricant a une volonté d'homologuer son produit contre telle espèce, avec telle application et telle rémanence: efficace jusqu'à 15 jours, 2 mois, 3 mois, toi tu vas vérifier si c'est vrai.
On va traiter le produit à la dose prévue sur des surfaces. Dans le cadre d'une homologation on ne peut pas traiter tout ce qui existe, mais on teste des surfaces poreuses ou non poreuses: de la céramique, du bois, du tissu, de la moquette, ce qu'on retrouve chez les particuliers. Après traitement, on dispose les insectes dessus, par exemple les punaises de lit, et on constate si le produit les rend KO rapidement ou les tue sur un temps plus long. On relève régulièrement les mortalités et les comportements.
Le but du laboratoire
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un fabricant de produits biocides a généralement en interne un laboratoire de recherche et développement qui recherche les formules les plus efficaces, tout en faisant attention à la santé environnementale et humaine. Mais pour homologuer et donner de la crédibilité au produit, ils font confiance au labo IZInovation, parce que c'est un laboratoire indépendant.
Ils reçoivent le produit, et c'est Bertrand et Marie qui testent en réalité les produits, et qui vont faire un rapport d'expertise. Ils vont dire: ton produit est excellent, tout le protocole a été suivi, la rémanence est bonne. Ou à l'inverse, ils sont amenés à dire que le produit n'a pas la rémanence annoncée. Il y a une grande indépendance, je tenais à le souligner. Nous, les applicateurs, on intervient sur le terrain mais on a rarement l'occasion d'aller dans des labos comprendre comment les produits sont pensés.
Comment sont menés les tests
Quand tu reçois des produits, tu vas tester la rémanence sur plusieurs types de support. Dans la vraie vie, si on met un insecticide dans une surface à l'abri de la poussière, on va tous les tuer et la rémanence sera bonne. Mais chez les particuliers, on a de la céramique, du carrelage, du bois, du tissu. Comment savoir si le produit est efficace des semaines après ?
À chaque test on utilise 10 plaques de 10 insectes pour être sûr que la mortalité observée est à peu près la même partout, et avoir une bonne moyenne. À côté, une dizaine de plaques non traitées avec des insectes pour surveiller que la mortalité naturelle ne s'effondre pas. C'est cette comparaison entre traité et non traité qui révèle l'efficacité. On compte les insectes morts et ceux qui sont KO, sur le dos et qui bougent encore.
Une fois nos comptages faits sur les trois premiers jours, on enlève les insectes et on stocke les plaques dans des conditions idéales, sans lumière ni poussière. Une semaine ou un mois après, on remet de nouveaux insectes pour voir si on a toujours des mortalités suffisantes. Si un produit est censé être utilisé en extérieur, les mêmes surfaces seront vieillies dehors, exposées à la lumière du soleil, et souvent les produits tiennent beaucoup moins longtemps.
Faut-il nettoyer après un insecticide
J'ai des particuliers qui me demandent souvent: ils vont pulvériser un insecticide grand public, et ils me demandent s'il faut nettoyer après, sachant que l'insecticide a une rémanence. L'intérêt d'un produit avec rémanence, c'est justement qu'il reste, donc si on le nettoie on l'enlève. Par contre, si la zone traitée est exposée, par exemple une garderie d'enfants, évidemment on fait attention.
L'intérêt d'avoir des produits qui durent dans le temps, c'est que certains insectes ne sont pas tous exposés les premiers jours. Que ce soit des fourmis ou des punaises de lit, toute la population ne se déplace pas sur la zone traitée. Certaines fourmis vont relayer et aller se nourrir une semaine ou deux après. Avec les punaises de lit, celles qui sont cachées ou qui vont naître des œufs dans une dizaine de jours doivent aussi être exposées au traitement. Ne nettoyez pas si vous pulvérisez un insecticide biocide avec une rémanence, c'est un peu bête.
Les punaises de lit
Bertrand, une dernière chose concernant les punaises de lit: est-ce que tu as constaté une nouveauté, un produit ou une méthode que tu pourrais conseiller ? Moi je conseille toujours de multiplier les méthodes, de ne pas tout miser sur un seul produit pour s'en débarrasser. Ça se résume dans les termes de stratégie de lutte: le produit miracle qu'on applique et on n'a plus besoin d'y penser, ça n'existe pas, et pour les punaises de lit encore plus vu leur capacité à se cacher et rester longtemps inertes.
Une stratégie de lutte intègre un bon repérage de la zone à traiter, des produits utilisant des molécules différentes pour lutter contre la résistance, appliqués de manière professionnelle. Il n'y a rien de pire qu'une sous-exposition: les insectes deviendront plus facilement résistants s'ils sont à moitié traités. Quand on traite, on le fait correctement, dans tous les interstices. Il y a aussi les nettoyages vapeur, les remparts physiques et les plaques gluantes.
Ce qui est bien, c'est que toi tu as le côté scientifique, moi j'ai le côté pratique parce que j'interviens beaucoup chez les particuliers. Les particuliers ont tendance à croire au fameux produit miracle sur les punaises de lit, ce n'est même pas la peine. Le nettoyeur vapeur, la vapeur sèche chauffée à 180°, c'est 100 % de mortalité si vous n'en avez loupé aucune. La réalité entre le labo et le terrain, c'est ça: vous en loupez une, les œufs, et c'est reparti. D'où l'intérêt de le faire plusieurs fois, tous les jours, il faut les harceler.
Conclusion et tests terrain
On a fait le tour de la salle d'expérimentation. L'intérêt, c'est de tester l'efficacité des produits dans des conditions proches du réel, avec différents supports. Les essais en laboratoire, c'est la première étape pour savoir si une molécule peut vraiment tuer une espèce. Mais il n'y a jamais d'homologation sans tests terrain, dans des endroits réellement infestés où on se déplace.
On peut aller dans des élevages qui ont des problèmes de mouches, dans des appartements avec des punaises de lit, se servir du réseau de professionnels pour repérer les zones très infestées. On applique le produit dans les vraies conditions et on revient les jours et les semaines suivants, aussi longtemps que nécessaire, pour garantir que votre produit efficace à 100 % au laboratoire garde une efficacité suffisante en terrain.
En conclusion, IZInovation fait des tests d'efficacité en laboratoire mais également sur le terrain, et ça me fait très plaisir. La théorie sans la pratique ne vaut pas grand-chose, et l'inverse aussi. Bertrand, un grand merci de m'avoir reçu dans ton laboratoire, j'ai découvert plein de choses. N'hésitez pas à me laisser un commentaire, à vous abonner, et on se retrouve pour un prochain épisode. À plus tout le monde, ciao.
Votre expert
Mickaël Vannieuwenhuyse
Technicien anti-nuisibles · 10 ans sur le terrain
- Certibiocide
- Certiphyto
- Piégeur agréé
- 230 000+ abonnés
« J'interviens chaque jour chez des particuliers et des professionnels. Sur cette chaîne, je filme mes vraies interventions pour vous montrer, sans filtre, ce qui marche vraiment. »