Collaboration en vidéo
Régulation des pigeons par fauconnerie : deux sites filmés
Vidéo à titre illustratif.
L'essentiel
- Les buses de Harris chassent en meute, comme des loups, sur les pigeons.
- Sur un hangar à engrais, tout a été réglé en 10 minutes.
- Un site traité en contrat a vu 1500 pigeons prélevés sur deux ans.
- L'attaque du rapace se déclenche par la fuite du pigeon.
- Un nichoir à faucon crécerelle maintient la pression 7 fois sur 10.
Je me suis rendu près de Dijon, chez une équipe de fauconniers professionnels, pour filmer une chose que je ne pratique pas moi-même : la régulation des pigeons par bioprédation. Sur place, j'ai vu des buses de Harris intervenir sur deux sites agricoles où les pigeons posaient un vrai problème sanitaire.
Pourquoi les pigeons posent problème dans un hangar agricole ?
Le pigeon salit tout : ses fientes s'accumulent sur le matériel, dans les chéneaux et sur les stocks. Dans le premier site, un hangar de stockage d'engrais, les fientes de pigeon menacent la qualité du produit et la santé des collaborateurs. Le risque bactérien, notamment la salmonelle, est bien réel.
Comment les rapaces régulent-ils les pigeons ?
Les buses de Harris chassent en meute, ce qui est rare chez les rapaces. Un oiseau déclenche l'attaque, les autres suivent. L'attaque se déclenche toujours par la fuite du pigeon, jamais quand il reste immobile. Les fauconniers utilisent un laser effaroucheur pour faire décoller les pigeons et guider les oiseaux sur de grandes surfaces.
Quel résultat sur le terrain ?
Sur le hangar à engrais, deux pigeons seulement restaient : l'affaire a été réglée en dix minutes. Ce site est traité en contrat depuis des années, avec environ 1500 pigeons prélevés en deux ans et un gros travail de dénidification par des cordistes. Sur le second hangar agricole, couvert de fientes, j'ai vu plusieurs pigeons capturés en vol, du vrai spectacle.
Chaque prise se termine par une récompense pour l'oiseau, ce qu'ils appellent faire courtoisie, pour ne pas frustrer l'animal. Pour empêcher le retour des pigeons, l'équipe installe des nichoirs à faucon crécerelle et des perchoirs : un couple s'installe environ sept fois sur dix, ce qui maintient une pression naturelle après l'intervention. Une méthode vertueuse, sans poison ni euthanasie.
Questions fréquentes
Quel rapace est utilisé pour chasser les pigeons ?
La fauconnerie suffit-elle contre une grosse population de pigeons ?
Combien de temps dure une intervention par fauconnerie ?
Comment déclenche-t-on l'attaque du rapace sur un pigeon ?
Que fait-on pour empêcher les pigeons de revenir ?
Cette méthode fait-elle souffrir les pigeons ?
Pourquoi protéger le patrimoine des pigeons ?
Transcription de la vidéo
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Introduction et découverte
Salut tout le monde, c'est Mickaël, Votre Expert Anti-Nuisibles. Vous vous doutez bien qu'aujourd'hui on ne va pas parler de rats ni de cafards, puisque j'ai avec moi un nouveau copain, Tao. La thématique de la vidéo, c'est découvrir un peu l'univers de la fauconnerie. On va voir un spécialiste dans ce domaine, l'équipe de la Fauconnerie Team, qui se situe juste en dessous de Dijon.
Comment je vais structurer cette vidéo : il y aura de la théorie, mais il y aura également de la pratique sur le terrain, parce que je sais que vous adorez ça. Vous allez voir, les images en valent le coup. On a chassé avec Armand, ça vole dans tous les sens, c'est très impressionnant. Je vous laisse apprécier cette vidéo.
En quoi consiste le métier de fauconnier
Pour vous parler de la fauconnerie, il fallait un fauconnier professionnel, et je n'ai pas trouvé mieux en France que Timothée, responsable et gérant de l'entreprise Fauconnerie Team. Timothée nous parle de son métier, qui est aussi une passion, voire un art. La chasse au vol, c'est la fauconnerie : l'art d'attraper un gibier sauvage dans son milieu avec un oiseau de proie créancé, c'est-à-dire habitué à aller attraper le gibier qu'on veut prédater.
Ils ont couplé cette technique de chasse à ce qu'ils appellent la bioprédation : intégrer un prédateur contre un ravageur. Chez Fauconnerie Team, le ravageur, c'est essentiellement le pigeon ou tous les volatiles qui créent des problématiques de nuisance. Plutôt que d'utiliser des techniques chimiques ou toxiques, on utilise le prédateur naturel du pigeon. Avant, on parlait de graines contraceptives, de poison, d'euthanasie au CO2, des choses qui ne sont plus du tout acceptables aujourd'hui.
Le fauconnier et son oiseau forment un binôme de travail. Les oiseaux sont affaités, c'est-à-dire domestiqués : l'oiseau prend confiance au gant, qui est un repère et une sécurité. Il commence par manger dans le gant. Préparer un bon oiseau, qui va attraper pas mal de pigeons ou de corbeaux, c'est à peu près un an de travail, et l'entraînement ne s'arrête jamais, sinon l'oiseau peut s'empâter ou avoir une atrophie musculaire.
La particularité de Fauconnerie Team, c'est la buse de Harris, l'un des seuls rapaces au monde à chasser en meute comme les loups. Ils en ont seize, qu'ils sont capables de mettre quasiment tous en vol pour avoir une meilleure efficacité, prélever plus de volatiles et créer une perturbation intentionnelle beaucoup plus puissante.
On visite l'aire de jardinage, un lieu pour détendre les oiseaux quand on les sort des boxes libres, adaptés au bien-être animal, avec perchoirs, eau et lumière. Les installations sont conçues pour limiter les risques de prédation par la sauvagine, c'est-à-dire la fouine, la belette ou le renard, avec un grillage enterré à quinze centimètres en oblique.
Timothée insiste : ce ne sont pas des outils de production, ce sont des collègues de boulot. Une grande phrase dit qu'on est à leur service. On les équipe de GPS, mais on ne sait jamais quand on rentre : il leur est déjà arrivé de rester dix-sept jours dans un bâtiment parce que l'oiseau ne voulait pas rentrer.
Je reviens sur un terme technique : l'effarouchement, ça consiste à repousser, à éloigner, à faire peur, un peu comme l'image de l'épouvantail. Pour la problématique pigeon, ce n'est pas de l'effarouchement mais de la régulation. Par contre, pour protéger les cultures des agriculteurs, sur le semis et la récolte, là on parle d'effarouchement.
Le spectre de clients est très large. Les agriculteurs avec une stabulation où cinquante pigeons créent un risque de salmonelle. Les semenciers, dont les tournesols sont mangés par des colonies de cinquante à cent corbeaux : là on est en effarouchement de six heures à vingt-deux heures. Les collectivités, contre les étourneaux qui arrivent de 5000 à 100000 individus, pour protéger places de marché et vignes.
Il y a aussi la protection du patrimoine : cathédrales, églises, châteaux comme le Clos de Vougeot, les Hospices de Beaune. Le pigeon a 20 % de son régime alimentaire lié aux minéraux, donc il mange les joints de pierre et abîme le patrimoine. Des centaines de pigeons dans les chéneaux font de grosses dégradations. La fauconnerie est un art ancestral vieux de 4000 ans, venu d'Asie.
Enfin, l'industrie agroalimentaire : on ne peut pas imaginer qu'un pigeon rentre sur une chaîne de production destinée à la consommation humaine. Une fiente et toute la ligne de production serait arrêtée. Ces groupes ne peuvent pas tolérer un oiseau à l'intérieur.
Première intervention sur les pigeons
Nous voici maintenant sur le terrain. Derrière moi, c'est une industrie agroalimentaire, un hangar de stockage d'engrais. Le problème, c'est qu'il y a des pigeons : apparemment il y en a deux. Moi qui fais les rats et les souris, je regarde toujours par terre. Eux, les fauconniers, regardent toujours en l'air. Je voulais vous montrer comment Timothée et son équipe travaillent pour aller chercher ces deux pigeons.
On va mettre plusieurs oiseaux en vol, en meute, parce que la surface est importante, pour prédater les pigeons qui pourraient créer des nuisances sur le stockage. Le risque, c'est des fientes de pigeon qui créent un risque sanitaire pour les collaborateurs et qui réduisent la qualité de l'engrais. C'est un site traité depuis quelques années en contrat annuel : la population a diminué drastiquement, on a dû faire 1500 pigeons en un ou deux ans, en combinaison de moyens.
La première étape, c'est repérer les pigeons. On utilise un laser effaroucheur, un moyen de faire décoller les pigeons. Les oiseaux commencent la prise d'environnement : ils maîtrisent leur environnement, la surface à travailler. Et voilà, ça vole, quelle aisance. Le pigeon est littéralement en panique, il y a une course-poursuite, le rapace passe au-dessus de nous. Les oiseaux travaillent ensemble : le déclenchement de l'attaque est fait par un et les deux autres le suivent, c'est vraiment le travail du loup, le travail en meute.
Ici, on a fait un gros travail de dénidification. On a fait venir des cordistes qui ont travaillé sur toute la charpente et enlevé une grosse partie des nids pour bouleverser l'habitat du pigeon. La régulation seule ne suffit pas, il faut travailler sur le bouleversement de l'habitat. On a passé une semaine à enlever les nids. Aujourd'hui on est plus dans du contrat monitoring d'entretien que dans de la gestion curative.
Je comprends maintenant les clochettes : elles ont deux utilités. La première, c'est pour nous, repérer notre oiseau. La deuxième, dans un contrat long terme, c'est de mettre la pression au pigeon : quand ils entendent la clochette, ça crée une perturbation intentionnelle. On fournit à certains clients des petites barres en bois avec des cloches pour éviter le retour des oiseaux.
Le laser, on le pointe : au-delà de faire décoller le pigeon, c'est un repérage pour nos oiseaux, car sur de grandes superficies c'est difficile pour eux de tout traiter. L'attaque est déclenchée par la fuite, très souvent, comme le lion et l'antilope : tant que l'antilope ne bouge pas, le lion attend. Chez nous c'est pareil.
Voilà, clairement le pigeon, c'est de la prédation naturelle, on est 100 % dans quelque chose de naturel qu'on appelle la bioprédation. Là, on va faire récompense à l'oiseau, ce qu'on appelle faire courtoisie : c'est très important pour son conditionnement qu'il puisse aller plumer un peu son pigeon pour être équilibré dans sa tête. Ensuite je vais lui donner le change pour qu'il monte sur mon gant et reparte au travail.
Pendant qu'on filme, une des femelles a pris un pigeon au-dessus, sur la charpente : on voit des plumes voler. Le travail de meute est efficace, parce que la perturbation intentionnelle est tellement forte qu'à la fin les pigeons se figent, ne bougent plus, et les rapaces arrivent à les capturer. En tout cas c'est vite réglé : on arrive au bout de dix minutes, c'est réglé. Sur des petites densités, la fauconnerie suffit ; sur 100 ou 150 pigeons, non, il faut d'autres méthodes et plus de temps.
L'entraînement des faucons
Un peu de pédagogie. Ce matin, je suis avec Armand. Avant de passer à l'action sur des sites comme les granges ou les sites agroalimentaires, il y a un côté préparation : on va préparer les athlètes pour voir s'ils sont capables aujourd'hui, s'ils ont bien mangé, pour pouvoir aller travailler cet après-midi. Armand est le spécialiste, c'est lui qui va expliquer.
Tous les oiseaux ont un nom. Lui, c'est Tao, une nouvelle recrue de l'année, un jeune né chez nous, de leur propre reproduction. C'est un mâle, qu'on appelle le tiercelet. Les femelles sont un tiers plus grosses que le mâle. Tous les jours, ils sont pesés et sortis en jardinage, manipulés même le week-end. Tao est en préparation, en affaitage.
On touche souvent le bréchet pour observer si l'oiseau n'est pas trop gras et s'il est apte à travailler. Le bréchet, c'est un os sous la gorge : quand il mange, ça se remplit. On tâte l'oiseau pour savoir s'il est apte, pas trop gros ni trop maigre, et en bonne santé. Ensuite, on va le peser, vraiment comme un boxeur.
C'est une buse américaine, une sous-espèce péruvienne, du Pérou ou du Mexique, issue d'élevage, pas prise dans la nature. Sur la balance spéciale du fauconnier, Tao pèse 534 grammes. On s'est estimé sur un poids de 530 pour le travail, c'est très bien. On a tous les poids listés avec chaque nom, tous les jours.
Maintenant, Armand va entraîner son oiseau au rappel. On l'attache avec un mousqueton et une filière assez longue pour qu'il ne parte pas. Le principal, pour eux, c'est la nourriture : le gant veut dire nourriture. On fait des rappels avec de petites bécades, des pattes ou des bouts de têtes de poussin, pour ne pas trop leur donner à manger.
L'arme du rapace, ce sont les serres : pour un mâle, entre 80 et 90 kilos de pression au centimètre carré, et pour les femelles entre 180 et 200 kilos, comme une gueule de loup. Le bec sert juste à arracher la nourriture. C'est pour ça qu'on porte un gant. On les fait travailler sur le corbeau, le pigeon, l'étourneau, mais pas sur le rat : la préhension est trop forte pour les rongeurs.
Les leurs, faits maison en cuir avec du plomb à l'intérieur et des plumes de pigeon, servent surtout pour les faucons et les buses qui aiment la plume. Tout est fabriqué en interne chez Fauconnerie Team, sauf les gants, qui demandent un travail spécial de couture.
La règle du matin, la base, c'est la pesée. Elle donne une bonne indication de la santé globale de l'oiseau, qu'on considère comme un athlète de haut niveau. La plupart du temps, ils partent à quatre, cinq ou six heures du matin, parce qu'on va sur toute la France. On regarde aussi la palpation, le bréchet, et sous l'aile la boule de muscle, un peu comme les biceps.
Seconde intervention et prévention
Nous voici dans la deuxième partie, dans le hangar agricole. On commence par les dégâts : regardez, c'est tout défiante, une détérioration du matériel agricole, des fientes absolument partout, et des nids. Vous allez tout de suite comprendre l'intérêt de réguler les pigeons. Armand est chaud comme la braise, il va lancer Wind, dont le nom veut dire vent.
Ça vole, ça passe ici, ça vole dans tous les sens, c'est la panique sur les pigeons. Le rapace en chope un juste au-dessus de moi, il le met au sol, l'immobilise tout de suite. C'est impressionnant, il se cache derrière le tracteur. Wind a chopé, bien joué. L'attaque, comme il dit, se déclenche par la fuite : il faut que ça bouge autour, Timothée balance même ses gants pour faire décoller les pigeons.
Il y a deux effets : l'effet de régulation et l'effet de perturbation intentionnelle, l'effarouchement. À force de répéter les attaques, on crée un climat anxiogène dans la grange, les pigeons ne viennent plus. Comme l'environnement est ouvert, il faut venir régulièrement : on en prélève avec les oiseaux et on crée cette perturbation.
Les pigeons ne sont pas si nuls, ils volent super bien : je m'attendais à ce qu'ils se fassent gauler rapidement, mais non. Ce type de buse américaine, on ne le retrouve pas en France, seulement aux États-Unis, au Mexique, au Pérou, en Amérique du Nord et centrale. Les pigeons assimilent ces buses à la buse variable de chez nous, qui n'attaque pas les pigeons, et ne se rendent pas compte de la force de préhension.
Une buse fait ce qu'on appelle une gorge : elle a bien travaillé, c'est le troisième qu'elle prend aujourd'hui, on la récompense en la laissant plumer et manger de la viande chaude. Cérébralement, on équilibre l'oiseau pour qu'il recommence son bon travail. C'est hyper important en fauconnerie de ne pas frustrer les oiseaux, pour que l'exercice soit reconduit.
Fon est une forme très observatrice, manipulatrice et calculatrice : elle ne s'épuise pas, elle n'attaque que si elle est sûre de prendre. Chaque oiseau a son propre caractère, comme des enfants. La magie du fauconnier, c'est d'équilibrer les caractères pour être optimal en mission. Quand elle griffe un pigeon sans l'attraper, on le compte comme mort : la puissance des serres provoque une hémorragie et on retrouve le pigeon quelques jours après.
Maintenant, la prévention, pour éviter que les oiseaux reviennent quand le fauconnier n'est plus là. Matthieu, apprenti en BTS Gestion et Protection de la Nature, présente le programme La Nature dans la Structure. On implante un nichoir à faucon crécerelle, le faucon le plus communément retrouvé sur le territoire français. Quand il se sédentarise pour faire une nichée au printemps, il crée une pression et prélève environ une dizaine de pigeons dans l'année.
Un couple vient s'implanter environ sept fois sur dix dans le nichoir, ce qui fait 70 %, des statistiques plutôt élevées. Les nichoirs sont fabriqués par des enfants lors d'un petit atelier. On installe aussi des perchoirs, qui offrent au rapace un spot pour se poser, guetter et chasser. On fait aussi des nichoirs pour les chouettes : la première cause de disparition d'une espèce, c'est la disparition de son habitat.
Je vous montre quelque chose brièvement : au-dessus, il y a un nichoir avec une chouette effraie. Ici, il y a des engrais, donc le soir il peut y avoir des rats et des souris, et la chouette nocturne en chope un paquet. Ça prend tout son sens.
Timothée, un grand merci pour ton accueil. J'en ai pris plein les yeux, c'est assez incroyable. Si vous êtes un professionnel de l'agroalimentaire, le maire d'une commune ou un agriculteur, n'hésitez pas à faire appel à Timothée, c'est son métier. Posez vos questions en commentaire, j'y répondrai si ce n'est pas trop technique, car c'est Timothée l'expert. Mettez un pouce bleu et abonnez-vous. Ciao tout le monde.
Votre expert
Mickaël Vannieuwenhuyse
Technicien anti-nuisibles · 10 ans sur le terrain
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